ÉQUATORIAL (CLIMAT)

ÉQUATORIAL (CLIMAT)
ÉQUATORIAL (CLIMAT)

Climat des très basses latitudes, caractérisé par une chaleur humide constante et de fortes précipitations toute l’année, le climat équatorial est plus complexe et plus varié qu’on ne l’a cru pendant longtemps. Sauf l’Indonésie, les régions du monde qu’il affecte sont assez faiblement peuplées.

Si, du point de vue climatique, la zone équatoriale a une signification précise, la compréhension de ses caractères biogéographiques et géomorphologiques implique l’examen des vastes régions de transition qui la séparent des déserts subtropicaux. C’est donc dans un cadre géographique plus vaste qu’il convient de les définir (cf. domaine TROPICAL).

1. Caractères généraux

Les climats équatoriaux sont chauds, humides et pluvieux en permanence. C’est la régularité des fortes températures et des précipitations qui en font l’originalité, car les paroxysmes thermiques et pluviométriques mondiaux sont le fait de ces climats. La station de Labuan, au nord de l’île de Bornéo (50 17 de latitude nord) est assez représentative à cet égard (fig. 1).

Constance de la chaleur

La moyenne des températures maximales oscille seulement entre 30 et 31,6 0C, tandis que les minimums varient moins encore, entre 24,4 et 25 0C. Les humidités relatives restent toujours considérables, puisqu’elles se situent entre un minimum de 70 p. 100 pendant les nuits d’août et un maximum de 86 p. 100 pendant les journées de février. Il résulte de cette combinaison de températures et d’humidités une des ambiances climatiques les plus inconfortables qui soient. On notera que les différences de température entre les jours et les nuits sont plus élevées que celles qui existent entre les mois les plus chauds et les moins chauds. Si la nuit est «l’hiver des basses latitudes», on voit bien qu’avec des températures de l’ordre de 25 0C et des humidités relatives très fortes, autour de 75 p. 100, ces nuits ne représentent qu’un très maigre hiver, et que le repos nocturne y est difficile pour les populations non acclimatées.

Fortes précipitations

Les quantités annuelles de pluie sont abondantes; si elles n’atteignent jamais de valeur record, elles sont néanmoins supérieures à 1 500 millimètres ordinairement. Plus important est le fait qu’aucun mois ne reçoit moins de 50 à 60 millimètres, et qu’en conséquence, à aucun moment de l’année, l’évapotranspiration n’est supérieure à l’apport pluvial. Ce sont donc des climats «axériques», c’est-à-dire sans saison sèche, au sens biologique du terme. Cependant, il y a en général une esquisse de saisons pluviométriques, alors qu’il n’y a point de saisons thermiques. Le diagramme de Labuan, par exemple, montre qu’octobre, le mois le plus arrosé, reçoit presque cinq fois plus d’eau en moyenne que janvier, le mois le moins pluvieux. En janvier, les pluies ne tombent que pendant dix jours à peine; il y a donc des périodes de beau temps, qui sont absentes des mois les plus arrosés, où plus des deux tiers des journées enregistrent des précipitations. On écrit souvent que les climats équatoriaux sont caractérisés par des maximums pluviométriques autour des équinoxes, en mars-avril et en septembre-octobre. C’est là une généralisation hâtive, à partir de données valables surtout pour l’Afrique. La variété des régimes est en fait assez grande, surtout en Amérique latine et en Indonésie.

2. Une certaine variété géographique

Dans tout le domaine des climats équatoriaux, les caractères thermiques sont à peu près constants. Cependant, sur les marges, les amplitudes thermiques tendent à augmenter un peu, avec l’accentuation des températures pendant les périodes les moins pluvieuses. Mais, du point de vue des précipitations, les variations régionales sont bien plus significatives.

Quantités globales et régimes

La variation porte d’abord sur les quantités globales. Les précipitations ne dépassent 3 000 millimètres que dans des espaces assez restreints: intérieur subandin et côtes de l’Amazonie, fond du golfe de Guinée et côtes de la république de Guinée. Ce n’est que dans la partie indonésienne du domaine équatorial que ce seuil de 3 000 millimètres se trouve dépassé sur de grandes superficies.

La variété n’est pas moindre pour les régimes. Certes, bien des stations africaines ont un double maximum, entre avril et mai et entre septembre et octobre. Mais ce n’est pas là un type unique, même en Afrique. C’est en Amazonie et en Indonésie surtout que les dates des maximums sont plus diverses. En bien des stations amazoniennes, par exemple, un groupe de mois unique vient en tête, en général à la fin de l’été ou en automne de l’hémisphère Sud (de janvier à avril). En Indonésie, toute classification précise des stations est impossible, et on ne peut relever que des tendances générales: au sud de l’équateur, on observe souvent un maximum unique en été sud (décembre ou janvier); plus au nord (Malaisie, Bornéo, nord de Sumatra), l’hiver boréal est relativement peu arrosé; ensuite, un premier maximum de printemps est séparé par un léger fléchissement de plein été d’un paroxysme automnal (entre septembre et novembre).

Répartition

Enfin, les climats équatoriaux ne se disposent pas en une «zone» (au sens étroit du terme) régulière aux basses latitudes. Même sous l’équateur, ou à de très basses latitudes, des régions connaissent une saison sèche assez longue pour qu’on ne puisse plus les considérer comme faisant partie du domaine décrit ici: Afrique orientale, nord-est du Brésil, côtes vénézuéliennes. En revanche, on trouve des climats axériques chauds jusqu’à près de 200 de latitude sur les côtes orientales des continents, dans le monde caraïbe et aux Philippines par exemple.

3. Le problème des causes

Les causes générales

Un certain nombre de causes générales rendent compte de l’apparition de ce type de climat aux basses latitudes. Bien qu’elles ne soient pas les seules, il vaut la peine de les citer.

L’activité solaire très importante est évidemment la première. Le Soleil monte très haut sur l’horizon tous les jours de l’année et atteint le zénith au moment des équinoxes. Cela permet des apports considérables de chaleur, bien que les nuits restent longues également toute l’année (elles varient à peu près entre onze et treize heures selon les saisons). Cette activité continue a des effets directs et indirects. Il y a une relation simple de cause à effet entre l’échauffement solaire et le régime thermique: pas de variation saisonnière étant donné que l’apport de chaleur est constant; amplitude diurne non négligeable puisque les nuits sont longues. Mais l’humidité et la pluviosité du climat sont aussi liées à la chaleur: l’air chaud étant capable de se charger de grandes quantités de vapeur d’eau, de fortes pluies peuvent se produire pourvu qu’un facteur déclenchant apparaisse. Ajoutons que, par un «effet de retour» d’un type assez classique en climatologie, les averses fréquentes et les nuages limitent l’échauffement, ce qui explique que ces régions ne connaissent pas les paroxysmes de chaleur diurne qui sont le «privilège» des périodes sèches des basses latitudes.

Mais les causes qu’on vient d’évoquer ne sont pas suffisantes pour expliquer des pluies aussi abondantes. Celles-ci impliquent que des courants aériens en provenance des océans renouvellent le stock d’eau de l’atmosphère (bien qu’une grande quantité d’humidité accomplisse dans ces régions un cycle relativement court: précipitation, retour rapide à l’atmosphère par évaporation et transpiration des arbres de la grande forêt, nouvelle précipitation, et ainsi de suite). Mais surtout, il faut pour qu’il pleuve que des mouvements d’air verticaux s’amorcent. Or il ne semble pas que le seul échauffement des couches atmosphériques proches du sol suffise à déclencher ce mécanisme. Des phénomènes liés à la circulation de l’air à grande échelle doivent aussi intervenir. Ces processus sont souvent différents selon les régions du domaine (cf. infra ). Cependant, il en est un qui joue un rôle assez important, au moins pendant de longues périodes de l’année: c’est l’ascendance d’air qui est liée au fonctionnement de la «convergence intertropicale». On désigne ainsi la zone assez large où se rencontrent les alizés des hémisphères Nord et Sud, eux-mêmes issus des ceintures de hautes pressions présentes aux latitudes tropicales. Ces courants qui confluent provoquent, en effet, une ascendance de l’air, qui ne peut que «s’échapper vers le haut». Or cette zone de convergence est souvent active aux très basses latitudes: elle l’est toute l’année sur les océans, et aux équinoxes sur les continents.

En résumé, le long de l’équateur, les climats chauds, humides et pluvieux sont liés à une activité solaire importante, à un air chargé d’humidité grâce à sa chaleur même, dans lequel la moindre ascendance provoque des fortes pluies; l’ascendance le long de la convergence intertropicale joue un rôle particulièrement important. Cela dit, les courants qui apportent l’humidité des océans et les facteurs qui déclenchent les ascendances ne sont pas partout les mêmes, si bien que chacune des grandes régions de climat équatorial doit être traitée à part.

Indonésie

En Indonésie, la position insulaire, entre les vastes étendues marines de l’océan Indien oriental et du Pacifique occidental, fait qu’il n’y a aucune difficulté à expliquer l’alimentation en vapeur d’eau des masses d’air responsables des précipitations. C’est aussi là que la convergence intertropicale entre les alizés nord et sud semble jouer le rôle le plus important. Combinés à l’action du relief, ces deux faits expliquent sans doute que les régions équatoriales du monde malais soient les plus arrosées de la zone. Pendant l’hiver de l’hémisphère Nord, la convergence intertropicale se situe juste au sud de l’équateur, et des îles comme Java connaissent alors leur maximum annuel. Puis, peu à peu, quand on s’approche de l’été boréal, la convergence se déplace vers le nord, et son «passage» se traduit par des pluies abondantes, entre avril et juin, de Bornéo aux Philippines. Au cœur de l’été, l’ensemble de la région sud-ouest est balayé par la mousson, c’est-à-dire par un courant de sud-ouest qui prolonge vers le nord l’alizé de l’hémisphère austral. Ce courant est humide, mais relativement peu perturbé, et cette absence de facteur déclenchant explique un léger fléchissement des pluies, sauf sur les côtes et les versants montagneux exposés au sud-ouest. De septembre à novembre, le «retour» vers le sud de la convergence intertropicale provoque de nouvelles pluies, surtout sur les stations exposées au nord-est, frappées de plein fouet par l’alizé.

Afrique

Les faits sont un peu plus compliqués en Afrique. La situation est simple aux saisons intermédiaires, en avril par exemple (fig. 2 a). Des anticyclones vigoureux coexistent de part et d’autre de l’équateur dans les deux hémisphères et ils émettent des vents comparables, par leur direction tout au moins, aux alizés océaniques. Ils sont parfois secs (voir par exemple, sur la figure 2 a, ceux qui balaient l’Afrique occidentale). Mais la figure montre également que certains de ces courants proviennent soit de l’Atlantique, soit de l’océan Indien. Les apports d’humidité sont donc suffisants pour rendre compte de l’abondance des précipitations. Mais, de plus, la rencontre des courants des deux hémisphères crée des ascendances vigoureuses, et l’on comprend que cette période connaisse un maximum de pluie. En plein été boréal, la situation est sensiblement différente. L’Afrique du Sud est recouverte par des anticyclones, qui émettent des vents du type alizé (fig. 2 b). Ceux-ci traversent l’équateur puis, en s’infléchissant vers l’ouest, contournent une dépression située sur le Sahara. Ce courant est, lui aussi, très humide et donne des pluies abondantes quand il est perturbé, du moins dans les régions où il est assez épais. Il pleut aussi surtout entre 10 et 150 nord. Plus loin vers le Sahara, le courant de sud-ouest est recouvert par de l’air sec qui tend à descendre, car, en altitude, les anticyclones subtropicaux se maintiennent. Plus près de l’équateur, le courant humide est épais, mais il s’écoule sans être perturbé, et les pluies subissent une diminution sensible. Quelques ondes et lignes de grain, cependant, suffisent pour qu’il n’y ait pas de saison vraiment sèche le long de l’équateur. Ensuite, peu à peu, on revient, en octobre-novembre, à une situation assez comparable à celle d’avril, avec un nouveau maximum de pluie aux très basses latitudes. Enfin, la situation de l’été austral est grossièrement symétrique de celle de l’été boréal décrite ci-dessus. On voit ainsi qu’en Afrique la zone de convergence intertropicale au sens exact du terme ne joue guère qu’aux saisons intermédiaires. Elle tend à disparaître en été austral et boréal.

Amazonie

En Amazonie, les mécanismes sont assez comparables à ceux que l’on vient de décrire pour l’Afrique. Ce domaine est au demeurant assez mal connu. Il semble tirer une certaine originalité de l’importance, sans égale ailleurs, des profondes pénétrations d’air en provenance des latitudes moyennes. Ses arrivées sont responsables, sans doute, du déclenchement d’une partie des pluies, jusqu’à de très basses latitudes.

Les îles

Dans l’hémisphère Nord, des îles comme les Philippines et les Antilles connaissent des climats chauds, sans saison sèche, donc de type équatorial, jusqu’aux environs du 20e degré. Il s’agit là d’une anomalie assez aisément explicable. En effet, les régions de ce type sont affectées toute l’année par l’alizé de l’hémisphère Nord, qui prend dans les parties occidentales des océans une direction franchement est-ouest. Cet «alizé d’est» est très chargé d’humidité et peut déverser des quantités importantes d’eau sur les côtes et les versants bien exposés. De plus, en automne, les cyclones sont particulièrement actifs dans ces régions et augmentent considérablement les quantités d’eau précipitée. Ils sont absents, on le sait, des contrées inférieures à 7-80 de latitude. Aussi leur présence est-elle un trait original de ces domaines insulaires.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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